Un coup de massue pour nos restaurateurs

09/12/202015min
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Un coup de massue pour nos restaurateurs

Le Conseil Fédéral a annoncé hier des mesures plus restrictives pour contrer la recrudescence de cas de covid-19, envisageant de fermer les restaurants dès 19 heures à partir de samedi. Ces nouvelles dispositions, en consultation auprès des cantons, pourraient durer jusqu’au 20 janvier. Pour nos restaurateurs, qui se sont toujours scrupuleusement conformés à toutes les mesures sanitaires, c’est un éclair dévastateur qui tombe du ciel. Réactions.  Pablo Davila

 

Restaurant du Cheval Blanc, Chevenez

 

 

Cédric Saner : « C’est évident, la situation est catastrophique. On s’approche des fêtes. On nous avait assuré la réouverture, les frigos sont remplis, les mises en place sont faites, et maintenant on apprend qu’il faudra offrir des services réduits, un seul service à midi. Comment on va faire pour écouler ces stocks ?! Quand on vous réduit à moitié votre établissement avec une limitation à 4 par table, c’est déjà 50% de chiffre d’affaires en moins, alors maintenant je ne vois pas, même avec une gestion drastique des coûts, comment on va faire pour s’en sortir ! Non, vous savez, je ne suis même pas furieux contre le Conseil Fédéral. Moi j’en veux à notre gouvernement jurassien. Parce que la politique, c’est aussi de prévenir. Or cette deuxième vague, on l’a vu arriver depuis belle lurette, et ça fait des semaines que le conseiller fédéral Alain Berset nous met en garde, en disant que c’est de très mauvaise augure pour les fêtes de noël. Quand on constatait, tous les jours, le nombre de cas qui augmentaient outre-Sarine, on pouvait comprendre très vite que le Conseil fédéral allait reprendre la main et se saisir du dossier, non ?! Je ne vois pas ce qui a permis à nos gouvernements cantonaux romands de venir mettre en avant des potentiels de réouverture jusqu’à 23 heures, sachant tout cela ! Maintenant les stocks sont là, et il faudra les écouler, mais je ne vois pas comment. »

Restaurant du Golf, Les Bois

Fabian Adam : « Pour l’instant, cette décision est en consultation et elle sera confirmée ce vendredi. J’ai toujours l’espoir que notre cher gouvernement jurassien qui avait pris la décision d’ouvrir les établissements jusqu’à 23 heures, ait assez de force positive pour se battre corps et âme pour nous. Parce que nous, on a déjà fait tous les sacrifices qui nous étaient demandés. Ce n’est pas dans les restaurants comme le mien que la pandémie va se développer. Tables de 4, espacements respectés, de l’alcool pour les mains partout, port du masque pour entrer et pour sortir et pour aller aux toilettes, et pour mon personnel, port du masque depuis le 11 mai, jour de la réouverture, alors qu’à l’époque, il n’était même pas obligatoire : et maintenant, on vient nous obliger de fermer à 19 heures ?! Je suis persuadé que deux couples d’amis par exemple, qui avaient prévu de venir manger au restaurant, iront maintenant chez eux, tout simplement. Le risque est donc exactement le même. Je suis conscient qu’il y a une pandémie, je suis conscient de la gravité de la situation. Mais ce sont les restaurateurs qui sont en train de payer la facture de la mauvaise gestion de nos politiciens – qu’on paye avec nos impôts ! – des politiciens qui auraient dû prendre des mesures au bon moment en voyant arriver cette deuxième vague. C’est eux qui l’ont dit, ils ont dit qu’il y aurait une deuxième vague du corona, et ils ont laissé passer du temps, ils n’ont rien fait, et maintenant boum !, c’est la catastrophe et on nous sort un truc comme ça. Financièrement parlant, on est dans la merde, passez-moi l’expression. Psychologiquement aussi, puisqu’on nous enlève toute la joie de notre profession, qui est celle de faire plaisir aux gens. Et ça, c’est dramatique. Leur décision est ridicule. L’industrie, les clubs sportifs, l’aviation, les politiques la soutiennent sans problème. Et nous, on nous donne le coup de grâce. »

 

Auberge Saint-Hubert, Courchavon

Stéphane Gschwind : « Ca fait un mois et demi qu’on est fermés. On reçoit rien, on doit attendre. On nous dit qu’on va pouvoir rouvrir, et voilà qu’ils nous balancent ça. On va pouvoir ouvrir normalement jeudi et vendredi, et samedi, terminé. C’est pas très normal, franchement. Les problèmes financiers, on les a depuis un bon moment. On va réussir à passer le cap, c’est en tout cas ce que je me dis, mais ce sera vraiment pas facile. Fermer à 19 heures, ça veut dire que nos clients devront venir manger à 17h30 au plus tard. Qui veut aller au restaurant à 17 heures ou 17 h 30 ? Personne. On vient de faire nos courses, les frigos sont pleins. Espérer que notre gouvernement nous défende auprès de Berne, d’ici vendredi ? Ecoutez, je n’y crois pas du tout. Tout ça, ça soûle ! On a respecté les mesures imposées, installé de l’alcool et du plexiglas partout, nous avons obéi, investi, nous nous sommes sacrifiés, et maintenant, ça. »

Hôtel de la Gare HG, Porrentruy 

Stéphane Dick : « Ce qui vient d’être annoncé est inadmissible. Je peux admettre qu’il y ait des obligations sanitaires, mais il y a des dépenses et des investissements qui n’ont jamais été pris en compte. Au niveau du chiffre d’affaires, nous avoisinons maintenant 25% de celui habituellement réalisé, mais celui-ci a été investi dans la nouvelle formule Take Away, sans avoir une aide quelconque sauf les RHT. Mais les RHT, c’est la plus grosse arnaque de la Confédération de tous les temps, puisque les RHT sont comptabilisés dans le chiffre d’affaires d’un établissement: les RHT, ça me coûte non seulement le 100% des charges, mais aussi la TVA. Je vais vous dire : même la France sauve ses entrepreneurs, alors qu’ici, on nous abat ! On ne nous donne pas à bouffer. Tous mes développements potentiels, mes investissements, je les prends dans ma poche. La vérité est que personne n’en a rien à foutre si vous faites faillite. En fait, on nous pousse à emprunter de l’argent, alors que l’emprunt n’est rien d’autre que le début de la fin. Avec ces nouvelles restrictions qui vont passer au niveau de la Confédération, dites-moi où nous allons ? Nous payons clairement la mauvaise gestion de la pandémie par une partie de la Suisse, dont les chiffres de cas de covid-19 viennent d’augmenter en flèche. Aujourd’hui, on m’empêche de travailler et de bouffer, et en contrepartie, on ne me donne rien ! Ceci est inadmissible, et pourtant nous sommes en Suisse, rendez-vous compte, même la France fait mieux que nous ! J’ai la chance d’être le propriétaire de mes affaires, mais aujourd’hui, beaucoup de petits commerçants sont condamnés. Côté financier, social, humain, ce que nous vivons est une catastrophe, et c’est inadmissible pour la Suisse, tout ceci est un gros foutage de gueule. Non seulement il y a énormément d’argent qui dort, mais on ne veut même pas nous dédommager à la hauteur de nos investissements. Mon bar restaurant « Chez Steph’ » au cœur de Porrentruy, qui existe depuis 130 ans, n’ouvrira pas ses portes le 10 décembre. Après 19 ans de gestion de cet établissement, je dois malheureusement le fermer jusqu’à des mesures cohérentes. On nous prend le travail d’une vie sans nous dédommager, on nous force à licencier une partie de notre personnel pour Noël, et on ose encore nous envoyer des rappels de TVA et nous prêter de l’argent qu’on devra rembourser ?! Ecoutez, ceci veut dire simplement une chose : quelque soit notre niveau social, on est tous morts. 

Une pétition a été lancée sur le web et autant dire qu’elle remporte un succès important. Elle récolte près de 70’000 signatures à 17h ce mercredi.

Vous pouvez la retrouver sur 19h.ch