Le pic du chômage n’a pas encore été atteint

11/10/202011min
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Le pic du chômage n'a pas encore été atteint!




Au printemps, des milliers de gens ont applaudi depuis leur balcon le personnel soignant, exposé en première ligne de la pandémie.


A présent, c’est un autre corps de métier qu’il faudrait applaudir, et c’est bien celui des conseillères et des conseillers en personnel – exposés dans les Offices régionaux de placement (ORP) au front non moins redoutable du chômage.


Entretien avec Kateline Galibrois, conseillère en personnel à l’ORP de Delémont. 


Propos recueillis par Pablo Davila.


Office régional de placement

 QUAND LE NOMBRE D’INSCRITS À l’ORP A-T-IL COMMENCE À AUGMENTER?

 

L’ORP Jura a été confiné à la mi-mars. Nous avons débuté le télétravail à partir du 23 mars, et c’est à ce moment-là que nous avons compris que les demandeurs d’emploi allaient venir s’inscrire en nombre. Effectivement, on a connu une augmentation assez importante du taux de chômage dès la fin du mois de mars. De février à avril, on constate dans le Jura une augmentation de 0,5 points. De mars à août, on est passé à 1%.

QUELLE A ÉTÉ LA RÉACTION DE L’ORP?

Très tôt, nous avons eu clairement le sentiment que quelque chose de grave se préparait. Et que le confinement allait aboutir à la mise en place du télétravail, en lien avec les directives fédérales. Ceci a généré une modification de notre fonctionnement et de nos procédures à l’interne. D’une manière abrupte, on ne recevait soudain plus personne au sein des ORP, et les entretiens se sont fait exclusivement par téléphone.

COMMENT AVEZ-VOUS PERSONNELLEMENT VÉCU LA SITUATION?

J’admets que j’ai quand même eu l’ennui de mes collègues (elle rit). J’ai l’habitude d’échanger avec eux sur différents dossiers, on partage nos expériences, on apprend mutuellement les uns des autres et on commente les textes de loi, on discute sur la jurisprudence en la matière. Et là, du coup, plus rien. Je ne voyais plus personne. Nous n’avons pas eu de séance en plénum pendant douze semaines.

QUELLE EST AUJOURD’HUI VOTRE CHARGE DE TRAVAIL?

J’ai dernièrement fait un petit calcul tenant compte de mon pourcentage d’engagement et du nombre de dossiers traités. J’ai découvert que je me retrouve avec une charge de travail d’environ 150%. L’ORP Jura dans son entier est touché par une augmentation très importante de la charge de travail.

LE TÉLÉTRAVAIL COMPORTAIT-IL DES CÔTÉS POSITIFS?

Au téléphone, certains assurés prenaient 30 à 45minutes pour exposer leur situation ; d’autres, au vu du fait qu’ils n’étaient pas physiquement présents, préféraient aller plus vite, ce qui a représenté un gain de temps pour nous. Nous avons généré quotidiennement un plus grand nombre d’entretiens qu’en temps normal.

IL Y AVAIT-IL, PSYCHOLOGIQUEMENT PARLANT, CERTAINS DÉSAVANTAGES À ÉCHANGER POUR LES ASSURÉ(E)S SANS LES RENCONTRER PHYSIQUEMENT?

En ce qui me concerne, oui. Parce que je fais très attention à ce qu’on appelle la communication non-verbale. Celle- ci fournit tout autant d’informations sur une personne que la communication verbale et para-verbale. Là, je ne disposais ni du visage ni des gestes des assuré(e)s; dans certaines situations, je devais faire part de mon ressenti pour savoir quels étaient leurs sentiments : la personne était-elle outrée, agacée, triste, ou en colère, etc. ? Actuellement – même si je mène les entretiens derrière une vitre – certains assuré(e)s gardent le masque. On aperçoit leurs gestes, mais on ne voit pas leurs expressions faciales. C’est tout aussi difficile.

L’ORP À DELÉMONT VA-T-IL ÊTRE OBLIGÉ D’AUGMENTER SES EFFECTIFS?

Les effectifs, qu’il s’agisse des conseillers ou des collaborateurs s’occupant de tâches administratives, sont restés inchangés jusqu’à la fin septembre. Mais notre équipe sera renforcée avec cinq nouveaux collaborateurs, disposant d’un brevet fédéral en ressources humaines, au courant des mois d’octobre et de novembre. Le renfort de ces personnes est pour l’entier de ORP Jura, chaque district étant renforcé.

QUELS SONT, SELON VOUS, LES DÉFIS QUI NOUS ATTENDENT SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL L’ANNÉE PROCHAINE?

Ne nous leurrons pas, le pic du chômage n’a probablement pas encore été atteint. Certaines entreprises, qui sont encore au bénéfice de la réduction de l’horaire de travail (RHT), vont peut-être procéder à des licenciements en fin d’année. Et il y a aussi les étudiants universitaires, qui n’ont pas pu passer leurs examens et qui les passent seulement maintenant – c’est-à-dire qu’ils n’ont pas encore trouvé un premier travail à l’issue de leurs études. Bientôt, ils vont venir se présenter aux ORP.

 

Cela dit, j’aimerais souligner que le secteur primaire a su prendre rapidement le contrepied. Nous avons tous consommé davantage « local » et les agriculteurs jurassiens ont su tirer leur épingle du jeu : la vente directe des produits de la ferme était vraiment une bonne idée, et j’espère que ça perdurera sur le long terme. Les entreprises commerciales, elles, devront repenser leur stratégie dans le domaine du digital, puisque les rassemblements sont limités et que les contacts physiques au sein de locaux fermés demeure risqué. Je pense que 2021 va générer de grandes réflexions sur les entités industrielles que nous avons dans le Jura.

ET POUR LES PERSONNES INSCRITES AU CHÔMAGE?

Il faudra qu’elles aillent aussi vers une plus grande utilisation de l’ordinateur, de l’informatique, du digital, et ce quel que soit leur âge. J’ai quarante ans, et je n’étais pas tout à fait sereine quand il m’a fallu me connecter sur la plateforme du canton lors du confinement ! A mon âge, je trouvais tout cela un peu compliqué, et il m’est arrivé de douter de mes capacités – alors que dire des personnes qui ont dépassé la cinquantaine ? Quant aux jeunes entre vingt et trente ans, qui sont nés avec les outils numériques, cet aspect ne devrait pas poser de problème !