LA PUISSANCE DE FEU DU JURA SERA « CONSIDÉRABLE »

14/12/202011min
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SELON LE DR. CHRISTIAN LANZ, MÉDECIN CANTONAL DU JURA, L’EFFICACITÉ D’UNE CAMPAGNE DE VACCINATION DANS NOTRE CANTON DÉPENDRA DU VACCIN CHOISI PAR LA CONFÉDÉRATION. SI CELUI-CI EST « ADÉQUAT », TOUT POURRAIT SE PASSER TRÈS VITE. EXPLICATIONS.

 

Propos recueillis par Pablo Davila

 

POURQUOI LA SUISSE ROMANDE A-T-ELLE SOUFFERT D’UN NOMBRE DE CAS POSITIFS DÉPASSANT LARGEMENT LE NOMBRE DE CAS CHEZ LES ALÉMANIQUES ?

 

Christian Lanz. –Je n’ai pas d’explication à cela. Et d’autant moins, que la discipline des Romands portant le masque dans les magasins et dans les trains était plus marquée, l’été dernier, que celle des Alémaniques, ce qui a été confirmé par une enquête des CFF. Celle-ci a montré qu’environ 80% de la Suisse orientale portait le masque dans les trains, alors qu’en Suisse occidentale, ce pourcentage s’élevait à presque 100% des usagers.

 

QU’ATTENDEZ-VOUS DES TESTS RAPIDES

DERNIÈREMENT MIS EN PLACE DANS LE JURA ?

 

J’attends surtout beaucoup plus de travail pour les personnes

qui effectuent le test ! Ces tests sont rapides pour les patients,

puisqu’ils obtiennent le résultat en 15 minutes environ, mais

pour ceux qui doivent procéder à ces tests, la charge de travail

est démultipliée.

VOUS POUVEZ PRÉCISER ?


Imaginez une chaîne de production à l’usine. Lors du premier stade de la fabrication, on assemble les pièces ; lors du deuxième,

et dans un autre secteur, on les monte, ensuite on vérifie, et à la fin on met le produit sous emballage : ça, c’était ce qui arrivait avant, avec les tests PCR (Polymerase Chain Reaction, ou réaction en chaîne par polymérase, technique utilisée dans pratiquement tous les laboratoires de biologie, ndlr.). Maintenant, avec le test rapide, la personne du corps médical doit faire le frottis, le test et communiquer le résultat. C’est comme si, à l’usine, un ouvrier

devait s’occuper tout seul de tous les stades de la production en passant par le collage de l’étiquette, ce qui ne le rend pas forcément plus productif! L’unique avantage réside dans le fait que pour le patient, tout est plus rapide, c’est certain.

Mais du point de vue organisationnel, c’est un casse-tête.


COMMENT S’ORGANISE LE JURA EN PRÉVISION D’UNE ÉVENTUELLE CAMPAGNE DE VACCINATION?


Le canton se prépare, mais il n’est pas encore prêt. D’ailleurs cela ne servirait à rien d’annoncer dès maintenant l’opérationnalité d’un centre – comme vient de le faire Bâle par exemple – si on ne dispose pas encore de vaccin ! Il y a deux ou trois vaccins qui sont en train d’être homologués. Mais on ne sait pas encore quelles sont les conditions de livraison et de stockage de ces produits. La logistique et la stratégie d’application dépendra de ces conditions. Un vaccin devant être conservé à -80 degrés Celsius et utilisé dans les dix heures au maximum nécessiterait tout un centre de vaccination : il exclurait les médecins traitants, c’est à dire les cabinets médicaux. Tout change par contre si on peut stocker un vaccin dans un simple frigo pendant une semaine

(ce qui semble être le cas pour le vaccin Moderna, ndlr.) : une campagne beaucoup plus efficace deviendrait alors possible.


QUELLE SERAIT ALORS LA « PUISSANCE DE FEU » DU CANTON DU JURA CONTRE LA COVID-19 ?


En admettant que nous disposions d’un tel vaccin, elle sera considérable. La Société médicale du Jura estime qu’une quarantaine ou une cinquantaine de cabinets médicaux, et environ dix à vingt pharmacies seraient prêts à vacciner, sans compter les hôpitaux. En résumé, et pour faire simple, on pourrait disposer – sans compter les hôpitaux – d’une soixantaine d’unités de vaccination, alors faites un calcul : si chaque unité procède à seulement dix vaccinations par jour, on arriverait à 600 vaccinations quotidiennes. Avec 20 vaccinations on arriverait à 1200 vaccinations par jour. Pour un petit canton,

c’est énorme, à fortiori si on ajoute des centres de vaccination. Tout ceci se basant sur le principe de subsidiarité, qui fait partie de la stratégie de la Confédération : on ouvre des nouvelles structures (étatiques) uniquement au cas où les structures existantes s’avéraient être insuffisantes, ou pas assez efficaces.