Essayez de ne pas succomber à la morosité ambiante

05/11/202017min
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JACQUES GERBER, MINISTRE DE L’ÉCONOMIE ET DE LA SANTÉ DU CANTON DU JURA, EST SUR TOUS LES FRONTS DEPUIS LE MOIS DE MARS. VEILLANT

NOTAMMENT À ÊTRE LE PLUS PRÉSENT POSSIBLE AUPRÈS DES ENTREPRISES JURASSIENNES, IL SOULIGNE LEUR SOLIDITÉ, LEUR PROFESSIONNALISME ET LEUR CAPACITÉ D’INNOVATION. A LA QUESTION S’IL LUI EST ARRIVÉ DE REGRETTER LA DOUBLE CASQUETTE QU’IL SE DOIT DE PORTER AU SEIN DE SON DÉPARTEMENT, LA RÉPONSE EST UNIVOQUE : «JAMAIS».

AU MOIS D’AOÛT, LE JURA ÉTAIT LE « BON ÉLÈVE » DU CORONAVIRUS. MAINTENANT, NOUS SOMMES CLASSÉS PARMI LES « PIRES ÉLÈVES » DU CONTINENT EUROPÉEN. COMMENT L’EXPLIQUER ?


Depuis le mois de mars, j’ai dit et redit qu’il faut beaucoup d’humilité par rapport à l’évolution de la crise. Et qu’il ne fautjamais chanter cocorico quand ça va bien, parce que nous sommes dans une pandémie provoquée par un virus dont nous ne connaissons pas bien le comportement ni l’évolution.


Début octobre, certaines critiques sur les réseaux sociaux disaient que j’étais « trop pessimiste », que « le canton du Jura en faisait trop », que « le corona avait disparu ».


Aujourd’hui, force est de constater que ce virus peut exploser en quelques jours.


POUR QUEL IMPACT ?


Cette explosion a généré une mise en quarantaine de plus de 1500 personnes en l’espace de seulement deux semaines, ce qui est énorme, avec un impact sur l’administration, sur les institutions parapubliques, et sur l’économie qui se voit mettre en quarantaine des collaboratrices et des collaborateurs ; des personnes vulnérables sont touchées, notamment dans les EMS, avec un vrai risque de faire exploser le système sanitaire et la prise en charge au niveau hospitalier.


A l’heure où je vous parle, on a plus de 60 personnes hospitalisées à l’Hôpital du Jura. C’est énorme, et c’est là qu’est le coeur du problème.


C’EST AU SEIN DES FAMILLES QUE SE PROPAGE PRINCIPALEMENT LE VIRUS ?


Oui, on le savait depuis le début et c’est pourquoi on avait limité au mois de mars à 5 le nombre de personnes se réunissant

dans le privé.


Cette explosion du nombre de cas depuis début octobre est dû aux anniversaires, aux fêtes entre amis, au monde de la nuit et à la propagation du virus au sein des équipes sportives. Bien sûr, il existe d’autres foyers, mais ceux-là sont les principaux. Cela dit, l’environnement professionnel est bien sécurisé, ainsi que les magasins et les transports publics.


QUELLE EST LA SITUATION DES ENTREPRISES

EN CETTE FIN D’ANNÉE, ET QUELLES SONT LES PERSPECTIVES POUR 2021 ?


La fin d’année sera difficile, car actuellement on termine encore le travail entamé avant la crise.


Le chômage augmente, les carnets de commande sont suspendus, notamment dans la machine-outil, avec quelques petits signes positifs au niveau de l’horlogerie.


Il ne faut pas que la deuxième vague brise cette petite reprise ! Cela dit, nous aurons de grands, grands soucis en 2021, notamment pour les entreprises qui dépendent de l’exportation.


S’IL FALLAIT CONSEILLER LES ENTREPRISES JURASSIENNES, QUE LEUR DIRIEZ-VOUS ? C’EST AU SEIN DES FAMILLES QUE SE PROPAGE PRINCIPALEMENT LE VIRUS ?


Je pense que les entrepreneurs sentent mieux le marché que moi. Ils sont parfaitement capables de gérer la situation. Mais de manière générale, je leur dirais d’abord d’essayer de ne pas succomber à la morosité ambiante, ensuite de bien sauvegarder les contacts commerciaux avec les acheteurs

et les sous-traitants, de réduire au maximum les coûts dans la chaîne de production, d’encore mieux numériser, d’encore mieux digitaliser, et si possible d’investir pour maintenir une économie locale.


Je leur dirais d’investir dans l’innovation, de prendre de l’avance en attendant la reprise, parce qu’un jour elle aura lieu, il faut se tenir prêts. On n’a pas d’autre choix : l’innovation, c’est notre seul moyen pour maintenir notre avantage concurrentiel. Vous savez, on oublie que c’est le tissu industriel qui fait aussi le succès de la Suisse, et pas seulement les banques et la chimie. En Suisse, la culture industrielle de recherche et de développement, le lien avec le monde de la recherche, on l’a. Il ne faut pas que la crise le tue, parce qu’on serait alors exposés à d’énormes difficultés.


Les instruments de la promotion économique sont là pour accompagner et soutenir les entreprises, c’est là mon rôle et celui de mes services.


COMMENT FONCTIONNE AUJOURD’HUI CETTE TRÈS COMPLEXE PROMOTION ÉCONOMIQUE ?


On a aujourd’hui une vision de la promotion économique très différente de celle que l’on avait il y a dix ans. Aujourd’hui, la

promotion économique accompagne la diversification du tissu économique : ce n’est pas nous qui opérons cette diversification, il faut être clair là-dessus.


Encore dernièrement, nous avons rendu le système encore plus souple. Les instruments de la promotion économique ont été complètement adaptés afin qu’on réfléchisse d’abord à travers des projets, pour ensuite aller chercher dans la « boîte à outils » des clés pour accompagner le projet.


En un mot, on entre dans une vision de projets, plutôt que d’instruments de promotion. Je rappelle que l’ADN jurassien, c’est la microtechnique et la précision. Quand vous êtes capable de faire une vis impossible à voir à l’oeil nu pour insérer à l’intérieur d’une montre, vous êtes capable de faire une pièce destinée à être placée n’importe où, y compris dans le corps humain. Le champ d’application de cet ADN est infini, et ça, on ne doit pas le perdre. Nous avons les instruments et les capacités, mais il y faut aussi la dynamique, et donc des projets, c’est à dire une grande motivation.


C’est là aussi mon rôle : de garder un discours résolument positif.


VOUS EST-IL DÉJÀ ARRIVÉ DE REGRETTER CETTE DOUBLE CASQUETTE QUE VOUS PORTEZ DANS VOTRE DÉPARTEMENT ?


Jamais. Dans les autres cantons, vous avez un ministre qui s’occupe de la santé, et un autre de l’économie. Très souvent les deux domaines sont considérés antinomiques, ce qui crée des tensions, des bras-de-fer : les intérêts de la santé s’opposent, dit-on, aux intérêts de l’économie.


Personnellement, je ne le pense pas. Et s’il y a des tensions, elles ont surtout lieu dans ma tête. Ce qui n’est pas moins difficile, ou moins désagréable.


Il n’y a pas de santé publique, sans une bonne santé économique, et vice-et-versa!


Entretien réalisé par Pablo Davila (avant les nouvelles décisions cantonales du 30 octobre 2020)